![]() Apprendre à se vendre
Harun Farocki, Allemagne, 1997
" Durant l’eÌ teÌ 1996, nous avons filmeÌ des stages ouÌ€ l’on apprend aÌ€ poser sa candidature pour un emploi. Nous avons filmeÌ des choÌ‚meurs de longue dureÌ e que l’EÌ tat poussait aÌ€ suivre cette formation. Nous avons filmeÌ des managers qui, avec un salaire de 200 000 marks (100 000e) par an, pouvaient se permettre de se payer un formateur priveÌ , de meÌ‚me que les citoyens libres de la GreÌ€ce antique eÌ taient initieÌ s aÌ€ la rheÌ torique par un esclave domestique. Enseignants, universitaires, choÌ‚meurs de longue dureÌ e, anciens drogueÌ s, managers, tous doivent apprendre aÌ€ s’offrir eux-meÌ‚mes, aÌ€ se vendre, au nom du self-management. Ce concept n’est peut-eÌ‚tre qu’un crochet meÌ taphysique auquel l’identiteÌ sociale est suspendue (...). L’entretien d’embauche sert aÌ€ faire ressortir la personnaliteÌ entieÌ€re du candidat, et non plus seulement ses compeÌ tences mesurables, deÌ jaÌ€ annonceÌ es sur le papier. C’est d’ailleurs l’eÌ‚tre humain dans son inteÌ griteÌ qui se sentira accepteÌ ou rejeteÌ . Kafka comparait l’entretien d’embauche aÌ€ l’entreÌ e au royaume de Dieu, en preÌ cisant que pour l’un comme pour l’autre le chemin eÌ tait incertain (...). ![]() L’initiation
François-Xavier Drouet, Boris Carré, France, 2008
Dans un hoÌ‚tel d’affaires de la banlieue parisienne, les eÌ leÌ€ves d’une classe preÌ paratoire sont rassembleÌ s pour preÌ parer l’eÌ preuve deÌ cisive des concours d’entreÌ e en eÌ cole de commerce : “l’entretien de personnaliteÌ â€ . Devant un jury issu du monde de l’entreprise, ils auront quarante-cinq minutes pour “donner le meilleur d’eux-meÌ‚mes†. ApreÌ€s deux ans aÌ€ trois ans de lourds sacrifices, la pression est forte. Pendant trois jours, les candidats apprennent aÌ€ se mettre en sceÌ€ne et aÌ€ adapter leur discours aux attentes du jury. L’eÌ quation est deÌ licate : il faut savoir “se vendre†tout en restant “soi-meÌ‚me†. Le mot d’ordre eÌ tant "apprenez aÌ€ eÌ‚tre naturel plutoÌ‚t que spontaneÌ â€ . ![]() On n’en fera pas l’eÌ conomie
Eric Smeesters, Belgique, 1997
On n’en fera pas l’eÌ conomie est un film qui prend le temps. Le temps de distiller un regard profane et salutairement inquisiteur sur l’expeÌ rience d’une dizaine d’entrepreneurs pour qui le profit financier n’est pas tout. Les saisissant sans fioriture dans leur bureau, le reÌ alisateur les invite aÌ€ prendre du recul sur le sens de leur entreprise. Progressivement, ces teÌ moignages font apparaiÌ‚tre aÌ€ la fois des questionnements et des pistes nouvelles. Tout en revendiquant des finaliteÌ s particulieÌ€res (sociales, environnementales, etc...) ils bousculent les poncifs de l’eÌ conomie sociale traditionnelle. Extrait du dossier de preÌ sentation ![]() Les Fagor et les Brandt
Anne Argouse, Hugues Peyret, France, 2007
En 2005, l’entreprise espagnole Fagor racheÌ€te Brandt et devient un des leaders du secteur de l’eÌ lectromeÌ nager europeÌ en. Les salarieÌ s français sont inquiets face au plan de restructuration preÌ vu. Mais Fagor n’est pas une entreprise comme les autres, c’est une coopeÌ rative. Elire et reÌ voquer ses dirigeants, voter les salaires et la redistribution des beÌ neÌ fices, c’est le mode de fonctionnement de Fagor, la coopeÌ rative phare de la Mondragon Corporacion Cooperativa, le plus grand groupe coopeÌ ratif du monde, 7eÌ€me entreprise d’Espagne. Les syndicats de Brandt s’organisent sur un principe de lutte des classes, quand l’entreprise aÌ€ laquelle ils s’opposent affiche une organisation de travail deÌ mocratique. Les moyens d’action traditionnels des uns semblent inadapteÌ s au mode de fonctionnement des autres, et les travailleurs de Fagor se font fort de rappeler leur solidariteÌ vis-aÌ€-vis des appreÌ hensions de leurs colleÌ€gues français. Deux points de vue aux apparences contraires, mais malgreÌ des modes et moyens d’action fort dissemblables, le langage parleÌ est-il si diffeÌ rent ? ![]() Losers and winners
Ulrike Franke, Michael Loeken, Allemagne, 2006
Durant un an et demi, les reÌ alisateurs Ulrike Franke et Michael Loeken ont suivi le deÌ montage d’un gigantesque complexe industriel de la Ruhr, racheteÌ par les Chinois. Losers and winners (Mon entreprise en Chine) capte un moment de cohabitation forceÌ e entre deux types de travailleurs au sein de la cokerie : les ouvriers allemands chargeÌ s de transmettre leur savoir-faire aÌ€ ceux qui vont leur prendre leur travail, et les ouvriers chinois venus deÌ monter l’usine pour la remonter dans leur pays. Le documentaire, plusieurs fois primeÌ en festivals, accompagne les deux bords. La cameÌ ra prend le temps de s’installer et suivre les travailleurs europeÌ ens et asiatiques au fil des saisons... et du deÌ manteÌ€lement de l’usine. PreÌ sente sur le chantier, dans les reÌ unions sur la seÌ curiteÌ ou lors d’eÌ changes sur la leÌ gislation du travail entre les deux camps, elle saisit en finesse la reÌ aliteÌ des uns et des autres. PrieÌ s par leurs dirigeants de faire attention aux †habitudes†des Allemands travaillant sur le site afin de ne pas les choquer, les ouvriers chinois sont cependant eÌ galement tenus de respecter les deÌ lais impartis pour la deÌ coupe, dans la limite du taux de blesseÌ s graves... fixeÌ par contrat aÌ€ sept pour mille. Rarement les conditions de travail des employeÌ s d’entreprise chinoise auront eÌ teÌ abordeÌ es par ceux qui les subissent, et montreÌ es au cineÌ ma, avec autant de franchise. | ||